Archive de ◊ janvier, 2009 ◊

31 jan 2009 Réunion du mardi 27 janvier à Bergerac
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Un compte rendu succinct de la réunion du mardi 27 janvier à Bergerac, à l’appel du collectif du Grand Bergeracois… à laquelle n’a assisté aucun représentant du Grand Périgueux à notre Grand Regret!!!!!!
Belle assistance: environ 150 personnes.Enseignants du 1er et du 2 nd degré, parents de Bergerac et d’ailleurs ( 1 bon tiers de l’assistance), élus de Bergerac et de petites communes (au moins la mienne, celle de Douville, en tout cas), FCPE, ALEP Bergerac, présence de Jean Luc Sanvicens (président de la Ligue de l’Enseignement Dordogne)… j’espère que je n’oublie personne.Après une présentation du Collectif du Grand Bergeracois, des raisons de notre lutte et de l’appel à cette réunion, un débat riche, très riche a été mené, au cours duquel on a parlé:- des nouveaux programmes
- de l’aide personnalisée
- de la suppression des RASED
- des suppressions de postes en général
- des évaluations CM2 et du pilotage par l’évaluation
- des EPEP
- de l’agence de remplacement- de la suppression des IUFM
- de la non scolarisation des 2 ans
- des jardins d’éveil et autres projets passerelles
- des attaques contre la maternelle
- de la marchandisation de l’école
- des attaques contre la laïcité…
Bref, un  tour d’horizon complet de la situation et des diverses formes de luttes à l’oeuvre dans le pays: gel des 60H, lettres de désobéissance pédagogique, occupations d’écoles, nuits des écoles, gilets jaunes…
Beaucoup de parents ont demandé ce qu’ils pouvaient faire pour élargir la mobilisation et le constat a été fait qu’il fallait continuer à aller vers ceux qui sont les moins informés, ceux qui sont le plus dur à toucher… il faut encore et encore aller à la rencontre des gens, des parents qui ont bien du mal à se faire une idée globale de la situation.
L’idée générale est qu’il faut multiplier les initiatives locales pour occuper le terrain et être visibles.
Une autre idée a émergé: il est temps, en Dordogne, comme dans tant d’autres départements d’appeler  les enseignants à signer une lettre de désobéissance pédagogique dans laquelle sera explicitée les raisons de cette “désobéissance”, de se fixer un nombre de lettres à atteindre et de la remettre alors à l’administration dès lors que cette action collective aura assez de force. Les parents peuvent alors prendre toute leur place en signant eux aussi école par école des lettres de soutien aux enseignants désobéisseurs. Pour en arriver là, il est clair qu’il faut regrouper nos forces et parvenir à unifier quelque chose sur l’ensemble de la Dordogne (ce qui ne signifie pas l’abandon des initiatives locales, bien au contraire!)
Bref, une réunion féconde qui donne la pêche et l’envie de continuer le combat!!!!!!!!

Dominique Corazza

27 jan 2009 Petit Rappel…
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Jeudi 29 janvier

Manifestation à 11h devant le Palais de Justice de Périgueux

RDV des parents d’élèves
pour manifester leur soutien
à l’Ecole Publique Laïque

27 jan 2009 Ecole André Boissière
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Bonjour,
Quelques nouvelles des parents de l’école André Boissière:
Notre café tract a bravé la tempête vendredi 23 janvier.
C’était le lendemain de l’information diffusée par les médias sur les sanctions prononcées contre le professeur des écoles Monsieur Refalo et les commentaires du ministre visant tout autant à minimiser qu’à discréditer le phénomène.
Nous avons décidé de diffuser à l’ensemble des parents la lettre écrite par Monsieur Refalo à son inspecteur pour mieux informer les parents sur les motifs qui ont conduit cet enseignant à refuser d’appliquer l’aide personnalisée pour continuer sa classe avec l’ensemble de ses élèves durant ces heures.
Notre idée est de combattre ainsi la désinformation pour ne pas dire la propagande de certains médias. Nous recommencerons à chaque fois que cela sera nécessaire.
Nous avons pour projet d’organiser une veillée des parents avec pique-nique sur l’école pour informer, débattre et réfléchir sur nos moyens d’action . Nous allons tenté d’inviter nos élus, des enseignants et la presse pour créer l’évènement. A suivre!
Encore merci pour l’ensemble de vos messages et pour votre détermination citoyenne.
Brigitte THOMAS

26 jan 2009 On croit rêver…
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Message pour les retraités  

 

Vous êtes en retraite de l’E.N.?  
> Vous vous ennuyez ? Quittez votre fauteuil à bascule… rechargez votre pacemaker

le Ministère de l’Education veille sur vous et vous propose LA SOLUTION :
devenez briseur de grève…

ci joint doc officiel de Loire Atlantique, à diffuser sans modération

Fac-simile d'un doc officiel de Loire-Atlantique

26 jan 2009 Pour info….
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Encadrés par trois instituteurs à la retraite, 67 parents d’élèves du Mans ont rejoint en rangs par 2 une salle d’examen de l’école Marceau du Mans pour passer les modules d’évaluation de CM2 trouvés sur l’internet. Pour protester contre justement ces évaluations. “Sur 70 exercices de maths, un seul est un problème à résoudre. On demande en fait aux enfants de restituer bêtement un savoir”, a déclaré Garance Angevin, mère d’une élève de CM2, dénonçant des tests “basés sur des notions apprises par coeur et non pas sur une capacité d’analyse”.

Il s’agit d’une “évaluation-sanction incohérente réalisée en janvier alors qu’elle porte sur le programme de toute l’année”, a poursuivi la mère d’élève craignant qu’”à partir de l’année prochaine, les instituteurs ne fassent “bachoter les enfants” dans le cadre d’une “mise en concurrence” des établissements.

Entre lundi et vendredi, 734.000 élèves de CM2 du public et du privé vont passer pendant un ou deux jours des tests identiques qui comporteront 60 questions en français et 40 en mathématiques. Ces évaluations “constituent un élément essentiel de la réforme de l’école primaire” entrée en vigueur à la rentrée 2008 avec notamment la mise en place de nouveaux programmes, avait indiqué Jean-Louis Nembrini, directeur général de l’enseignement scolaire.

Source: Europe1.fr

26 jan 2009 Démantèlement du service public
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Bonsoir,

 

Démantèlement de l’école publique : pas seulement. On l’a dit au cours des réunions d’informations, c’est tout le service public qui est touché.

 

Je vous transferts ce message avec un fichier son attaché non pas pour joindre le mouvement des parents d’élèves (je continue de militer pour ne pas mélanger les genres) à cette question du démantèlement du service des fraudes, mais pour information.

 

Ceci étant, la journée du 29 prochain est nationale et intersyndicale, inter associative, interpartis, etc.

 

En complément, je vous informe donc qu’en tant qu’Avocat (nous sommes quelques parents d’élèves à exercer aussi cette profession), nous nous joindrons au mouvement national de grève en protestation contre :

 

-          le démantèlement du service public en général

-          le démantèlement de la justice en particulier

 

Nous y serons en tant que parents d’élèves pour protester contre la réforme « informe » de l’éducation.

 

A jeudi,

Alexandre LEMERCIER

 

Pour ceux qui n’ont pas pu écouter:  france-inter-dgccrf

26 jan 2009 Vers un Comité Nord-Dordogne? Réunion le 6 février à Villars
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ICI RPI ST PIERRE/ST FRONT/LA CHAPELLE

Nous avons contacté les parents du RPI  villars/quinsac/st pancrace qui ont fait un café tract ce soir, lundi 26 janvier, et qui s’est très bien déroulé, parents nombreux et motivés. Nous avons donc prévu de faire ensemble une nouvelle réunion d’information à Villars le vendredi 6 février à 18H30 salle des fêtes. Seront présents en soutien, les parents du RPI de ST PIERRE…., nous invitons ceux d’Agonac, ST PARDOUX, BRANTÖME, ST JEAN, BOURDEILLE. Nous aimerions la présence de déléués syndicaux de l’enseignement et des parents, c’est pourquoi nous lançons un appel à Jean- Michel Cherbéro (qui nous a dit qu’on pouvait compter sur lui).
Un autre café tract s’est déroulé à ST Pardoux, ce soir.
Nous avons contacté un maximum de parents sur le nord Dordogne en faisant la tournée des écoles (Brantôme, Bourdeille, Biras, Abjat, champs Romain, ST pardoux)  et nous aimerions créer un comité NORD DORDOGNE (il faut pour cela entrer en contact avec Thiviers, Sorges, Sarliac…).
Pour la réunion du 6 février nous comptons sur l’aide des plus avertis (on se projette aussi sur des occupations d’écoles)
Merci de votre aide,
Sylvie Capellino de Saint Pierre de Côle

26 jan 2009 Café-tract annulé au Clos-Chassaing
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Bonsoir,
L’école primaire souhaiterait une action ” café-tract ” commune avec l’école maternelle. Les deux directrices de clos chassaing se rencontrent mardi 27 en début d’aprés midi pour en parler. Personnellement il me semble évident qu’une action commune aurait eu plus de poids. Pour autant lorsque madame la directrice de l’école primaire me reproche mon empressement , je trouve qu’il était temps de tracter le 27 pour convier les parents à la manifestation du 29…….Les emplois du temps sont chargés pour tout le monde , bref , j’ai le regret de vous informer qu’il n’y aura pas de café-tract mardi 27 à 16h30 à la maternelle……Je tracterai sur le marché mercredi matin. Je reste dans l’attente d’une décision commune des directrices pour une action ultérieure.
Cordialement.
Béatrice PEYTOURET
25 jan 2009 Lettre ouverte à Xavier Darcos, par Philippe Meirieu…
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Lettre ouverte à Xavier Darcos, Ministre de l’Education nationale

Monsieur le Ministre,

J’ai déjà dit, à plusieurs reprises, à quel point j’estimais le professeur, l’humaniste, le lettré et le grand connaisseur de l’Éducation nationale que vous êtes. Pour autant, je n’ai jamais caché mes profonds désaccords avec vous. Nous croyons, en effet, l’un et l’autre, que l’avenir de la démocratie dépend de notre capacité à ne pas traiter nos adversaires en ennemis et à tenter de dépasser ensemble, autant que possible, nos inévitables différends pour esquisser un peu de « bien commun »… Or, aujourd’hui, Monsieur le Ministre, je suis vraiment très inquiet. L’Éducation nationale me semble gravement ébranlée : l’ampleur du désarroi des uns et la violence de la colère des autres me paraissent très largement inédites et infiniment préoccupantes.

Tout a été dit, depuis plusieurs mois, sur les dangers que faisaient courir à notre système éducatif les réductions budgétaires et les suppressions de postes déjà effectuées ou à venir. J’imagine, d’ailleurs, que vous en êtes parfaitement conscient et que vous auriez préféré bénéficier d’arbitrages plus favorables de Bercy en faveur de votre ministère. Reste que vous êtes membre d’un gouvernement qui fait de la réduction de la fonction publique une de ses priorités. À ce titre, vous participez d’une politique qui est, à mes yeux, infiniment dangereuse.

Cette politique est dangereuse, parce qu’elle sacrifie l’avenir de notre pays à des équilibres financiers à court terme dont on a vu, avec la crise récente et l’octroi par l’État de plusieurs milliards d’euros de garantie aux systèmes financiers, à quel point ils n’étaient qu’un prétexte.

Elle est dangereuse aussi, parce qu’elle ne calcule jamais les coûts sociaux, à moyen et long termes, de ses choix : coût de l’échec scolaire et de la désespérance de jeunes qui y sont assignés à résidence, coût des conflits et des gaspillages provoqués par la concurrence attisée entre l’État et les collectivités territoriales, entre les parents et l’école, entre les établissements et, peut-être bientôt, entre les enseignants eux-mêmes courant après les petits avantages que vous accordez aux uns et refusez aux autres… Là est, d’ailleurs, la véritable illusion du libéralisme : il prétend baisser les coûts et augmenter la qualité en lâchant la bride à la concurrence. On a vu ce que cela donnait dans le domaine économique et nous n’avons pas fini d’en payer le prix ! En matière scolaire, nous aurons le même effondrement en utilisant les mêmes principes et en mettant en œuvre des mesures du même type : suppression de la carte scolaire, pilotage par les résultats, rémunération au mérite, etc.

Oubliée, ou presque, l’éducation prioritaire qui impose un travail d’accompagnement pédagogique minutieux des écoles et établissements « difficiles ». Oubliées, ou presque, les initiatives artistiques et culturelles en direction des élèves les plus défavorisés pour qu’ils accèdent aux œuvres les plus exigeantes. Oubliés, ou presque, les mouvements pédagogiques et d’Éducation populaire qui permettent aux enseignants de trouver des appuis et de solliciter des complémentarités… La politique que vous menez s’appuie sur le présupposé implicite que la pression consumériste sur l’école va compenser tout cela ! Alors qu’en réalité, elle contribue au développement des ghettos… D’un côté, de bons établissements qui recrutent de bons élèves et se prévalent de bons résultats pour obtenir de nouveaux crédits. De l’autre les laissés-pour-compte où quelques « saints laïcs » réussissent, parfois, contre vents et marées à faire exister un peu de « véritable école ». Certes, cette situation n’est pas totalement nouvelle, mais tous les observateurs s’accordent, aujourd’hui, pour souligner qu’elle empire : non seulement la fracture scolaire ne se résorbe pas, mais elle continue de s’accroître.

Votre politique est dangereuse parce qu’en externalisant le traitement des difficultés d’apprentissage vers une multitude de structures de soutien ou en les traitant de manière technocratique à l’aide de prothèses pharmaceutiques et paramédicales, elle vide inexorablement la classe de sa substance (1). Au lieu de travailler à mobiliser tous les élèves sur les savoirs, on se résigne petit à petit au darwinisme scolaire systématique : les déversoirs sont là pour récupérer les inadaptés ! Au lieu d’ actions globales au sein de projets d’école ou d’établissements cohérent, on juxtapose des interventions individuelles pour « rectifier » les individus ! Vous prétendez lutter contre l’inégalité d’accès aux officines privées en mettant en place des stages pendant les vacances ou de l’aide personnalisée en primaire. Mais, outre que vous mettez à mal le rythme de vie des enfants, déjà bien compromis, vous enclenchez ainsi un mouvement qui conduit inexorablement à réduire l’acte pédagogique à une transmission frontale de plus en plus formelle… agrémentée d’une offre de dispositifs externes de remédiation qui, inévitablement, accroîtra les inégalités. Car, en réalité, notre système scolaire tout entier devient une usine à gaz totalement incompréhensible pour les familles populaires. Tandis que les enseignants se transforment en « guichets de service », disponibles pour les familles qui savent les instrumentaliser.

À terme, c’est toute l’institution scolaire qui risque de se réduire comme une peau de chagrin, avec l’habillage traditionnel du « retour aux fondamentaux » ! Évidemment, nul n’est hostile aux fondamentaux… Mais la question est de savoir ce qui est fondamental ! Par exemple, je fais partie de ceux qui militent, depuis toujours, pour que l’École fasse de « l’entrée dans l’écrit » une priorité absolue. Toutefois, « entrer dans l’écrit », ce n’est pas seulement savoir tracer des lettres et les agencer, maîtriser l’orthographe et la grammaire, réussir ses dictées… c’est aussi entrer dans l’intentionnalité d’une communication différée, accepter de laisser une trace de soi, renverser des contraintes de la langue en ressources pour la pensée. Cet apprentissage-là doit s’effectuer en même temps que celui des « mécanismes » de l’écriture, dans une école ambitieuse qui s’appuie sur la diversité et la coopération des élèves, qui ne passe pas son temps à « dépister » les problèmes ou les lacunes de chacun, mais qui sait repérer les points d’appui et inventer des situations stimulantes.

Car telle est bien la frontière – ténue, je l’avoue, mais absolument indispensable – entre le « dépistage » et le « repérage » : le dépistage se focalise sur les « dys » et les traite dans un paradigme phamaceutico-médicalo-judiciaire. Le repérage, lui, est alliance avec une personne qu’on ne réduit ni à des symptômes ni à des résultats de tests ou évaluations. Le repérage classe parfois, mais connaît la fragilité infinie des étiquettes et des classifications… C’est pourquoi il laisse toujours une chance d’échapper à l’enfermement dans la pathologie et, surtout, il s’efforce de créer cette chance en imaginant des médiations qui permettent au sujet d’entrer dans la culture et de s’exhausser, par là, au-dessus de ses problèmes. (2)

Au fond, Monsieur le Ministre, votre politique décourage les enseignants parce qu’elle met à mal leur identité de « professeurs ». Dans un système où le libéralisme et la technocratie s’associent de plus en plus pour permettre le développement des stratégies individuelles de « réussite », les enseignants sont réduits à des dépisteurs, à des orientateurs, voire à des douaniers… eux qui ont la vocation de « passeurs » chevillée au corps. Résultat : le moral des troupes est au plus bas partout et les enseignants du primaire sont, eux, « au fond du trou ».

Or, vous savez comme moi que ces enseignants du primaire ont toujours été les « fers de lance » de l’Éducation nationale. Investis dans leur métier comme dans le champ social et politique, ils n’ont pas démérité. En faisant d’eux la cible de toutes les attaques, en remettant brutalement en question leur culture professionnelle construite dans l’idéal républicain, en les rendant seuls responsables de l’échec scolaire, vous avez commis une injustice. Non que notre école primaire ne puisse progresser, mais parce qu’il est impossible d’ignorer les nouveaux défis auxquels ces enseignants ont à faire face aujourd’hui : recompositions familiales, difficultés sociales de toutes sortes, surexcitation psychique des enfants chauffés à blanc par le capitalisme pulsionnel, etc. Vous avez pointé du doigt des situations scolaires « relâchées », en oubliant à quel point c’est toute notre société qui devient dangereuse pour les enfants et les adolescents en développant un environnement profondément toxique et contraire aux exigences d’attention, de concentration et de réflexion qui permettent de « faire l’École ». Vous avez désigné des boucs émissaires, quand il aurait fallu impulser un sursaut éducatif à la Nation tout entière. Vous avez laissé entendre que, sous la coupe de pédagogistes irresponsables, les instituteurs auraient fabriqué des cohortes de dyslexiques, quand il aurait fallu profiter des compétences pédagogiques élaborées depuis longtemps dans l’enseignement primaire pour faire de la maîtrise de l’écrit une grande cause nationale… Il n’est pas étonnant, dans ces conditions, que les nouveaux « hussards » se rebellent ! Il faut absolument les entendre. Au plus vite. Avant que vos subordonnés trop zélés, avec moins d’humanité et plus d’intransigeance que vous-même, ne mettent un peu partout le feu aux poudres. C’est une constante malheureuse, en effet, de notre système scolaire que cet empressement des cadres intermédiaires à anticiper et à radicaliser les intentions supposées du chef en croyant s’acheter ainsi une assurance-vie. Il vous faut absolument les calmer ! Au risque de jacqueries sans fin ou, bien pire encore, d’un découragement généralisé du corps enseignant tout entier.

En réalité, je crains que ce dernier ne soit en train de perdre son identité : des hommes et les femmes qui avaient l’ambition de participer à un projet national fort se sentent réduits progressivement à un ensemble de prestataires de service plus ou moins arrosés d’heures supplémentaires et de primes diverses. À cet égard, votre décision de supprimer les Instituts Universitaires de Formation des Maîtres et de  laisser s’installer une multitude de masters assortis d’un concours réduit à des épreuves académiques - sans aucune formation validée attestant de la capacité à transmettre des savoirs à des élèves concrets - est une catastrophe. Quand on célèbre partout les vertus de la formation par alternance, vous la supprimez pour les professeurs. Quand on travaille, dans le monde entier, sur l’acquisition de vraies compétences professionnelles, vous les passez par pertes et profits. Quand on aurait besoin de professeurs maîtrisant aussi bien les savoirs qu’ils doivent transmettre que les conditions pédagogiques de cette transmission, vous minimisez les premiers et ignorez les secondes. Quand on s’accorde sur la nécessité de faire de la scolarité obligatoire un continuum cohérent, vous contribuez à creuser le fossé entre le premier et le second degré. Quand on observe, dans les collèges et les lycées, les immenses difficultés pédagogiques des professeurs, vous laissez entendre qu’au-delà de l’école primaire, les savoirs académiques suffisent. Quand il faudrait redonner à l’École de la République une unité symbolique forte tout en prenant en compte la diversité des élèves, vous laissez le système de formation se déchirer et la formation s’atomiser… tout en éloignant cette dernière des situations concrètes d’enseignement. Certes, les IUFM n’étaient pas parfaits, mais leur disparition risque de condamner bien des enseignants à osciller entre la dépression (pour eux) et la répression (pour leurs élèves). Il est peut-être encore temps d’arrêter le massacre… mais il faut faire vite ! Rien ne serait plus grave pour notre avenir collectif que de laisser croire à l’opinion publique que le métier d’enseignant est, avec celui de mage, le seul qui ne nécessite ni techniques maîtrisées, ni projet construit dans la durée et inscrit dans une réflexivité collective. Professionnellement et symboliquement, une démocratie qui dénie à ses professeurs leur identité de « transmetteurs-émancipateurs » est gravement menacée.

Mais je sais que tout cela compte assez peu aujourd’hui au regard de votre « abandon » de la réforme du lycée, particulièrement médiatisé en raison des risques politiques toujours très élevés dès lors que les lycéens descendent dans la rue. Je partage assez largement l’analyse que vous avez faite pour engager cette réforme ainsi que les principes que vous avez énoncés : faire de la classe de seconde un moment de découverte et d’exploration des possibles, donner une culture commune solide à tous et favoriser un choix réfléchi en matière d’orientation, améliorer le suivi des élèves, les former au travail personnel et en équipe, à la recherche documentaire, à la démarche expérimentale… Tout cela est, en effet, tout à fait indispensable. Mais vous avez mené les travaux préparatoires de cette réforme au pas de charge, sans véritable explication ni concertation. Au passage, vous avez cédé aux conservatismes en laissant ouverte la possibilité de constitution d’ « options lourdes » et de filières déguisées en seconde. Vous avez brouillé les cartes et laissé se construire l’alliance de ceux qui pensaient que vous n’alliez pas assez loin et de ceux qui pensaient que vous alliez trop loin… Puis, au bout du compte, vous avez été obligé de faire marche arrière et, soudainement acquis aux vertus de la démocratie participative, vous annoncez maintenant la tenue de véritables « États généraux lycéens » ! L’organisateur que je suis de la consultation lycéenne de 1998 est pris, là, entre des sentiments contradictoires : étonnant revirement pour qui avait dénoncé, alors, « la duperie de cette mascarade », « le gigantesque défouloir lycéen », « le happening baba-cool » qui, confondant « parler et penser », avait abouti au « triomphe du dérisoire (3)… Mais promesse, peut-être, d’un vrai travail, dès lors qu’on ne confond pas « États généraux » et « sondage d’opinion » et qu’on fait réfléchir ensemble, autour d’une même table et des mêmes problèmes, tous les partenaires concernés : enseignants, cadres éducatifs, élèves, parents, régions… Nous avons, en effet, suffisamment perdu de temps avec ces tractations bilatérales, dont les résultats sont ensuite savamment combinés par des technocrates, et qui n’engendrent que frustrations, malentendus et parties de bras de fer sans fin. La réforme, la vraie, impose qu’on change radicalement de méthodologie, qu’on renonce à piloter en surfant sur de fragiles équilibres jusqu’à ce que tout l’édifice tout entier s’écroule.

Mais, en réalité, plus encore que d’ « États généraux du lycée », c’est de véritables« États généraux de l’Éducation » dont nous avons besoin, afin de remettre à plat l’ensemble des projets éducatifs du gouvernement, de construire une véritable alternative républicaine cohérente, articulant tous les degrés du système scolaire et universitaire avec la « formation tout au long de la vie », clarifiant les responsabilités de chaque partenaire, interrogeant tout autant le rôle des médias que celui des familles… afin de dégager des principes d’actions sur lesquels s’adosser pour penser notre avenir. Il faut cesser de juxtaposer des réformes dictées par le seul souci de réduire l’importance de la fonction publique, de faire des économies à court terme ou de satisfaire tel ou tel lobby proche du pouvoir. Il faut se demander à quelles conditions nos enfants peuvent affronter sereinement le monde, en comprendre les problèmes et construire ensemble une société plus solidaire. Il faut se redonner des finalités claires qui puissent servir de référence à toutes les initiatives éducatives (4). Bref, il faut identifier ce que pourrait être un « socle commun » de l’éducation républicaine… et non simplement, comme nous l’avons aujourd’hui, un « socle commun » de l’enseignement minimal. Y êtes-vous prêt Monsieur le Ministre ?

-o0o-

J’ai eu la chance, personnellement, de dialoguer avec vous de manière approfondie(5). Certes, tous les malentendus entre nous n’ont pas été levés : vous continuez toujours, semble-t-il, à me considérer assez largement comme un « pédagogue libertaire » qui fait toujours prévaloir l’intérêt spontané de l’enfant sur la transmission de la culture… alors que je n’ai cessé d’expliquer que tout mon travail pédagogique consistait précisément à chercher comment mobiliser l’élève sur des enjeux culturels forts ! Vous imaginez que je récuse l’autorité de l’enseignant, alors que j’ai toujours cherché à la fonder (6) ! Vous pensez que je nie l’intérêt des exercices d’entraînement systématique, alors que je cherche comment les rendre vraiment efficaces ! Cela dit, nous avons de vrais désaccords. En matière pédagogique, vous semblez dénier, en effet, cette réalité que les pédagogues se coltinent depuis toujours : il y a des élèves qu’aucune injonction ni menace de sanction ne peuvent mettre au travail, des élèves qui, malgré toutes nos bonnes intentions, « ne veulent pas ». Cette « résistance » à notre projet peut engendrer résignation, rejet ou exclusion ; mais elle peut aussi, en articulant le principe d’éducabilité et la confiance dans la possibilité d’un sujet à engager sa liberté d’apprendre, stimuler notre inventivité pédagogique pour offrir à nos élèves les situations les plus variées et mobilisatrices possibles (7). C’est là, de toute évidence, un point de clivage fort entre nous… Mais nous divergeons aussi sur notre conception du rôle de l’État en matière éducative, sur le métier de professeur, sur l’articulation entre l’école et la société…

Pourtant, nous tenons l’un et l’autre à sauvegarder l’héritage républicain de l’Éducation nationale. Et nous savons que, pour le sauvegarder, il faut le transformer. Mais pas le démanteler ! Or, aujourd’hui, vous ne pouvez pas ignorer qu’une très grande partie des enseignants considère que vous êtes le maître d’œuvre de ce démantèlement, dont le maître d’ouvrage est à l’Élysée. Il ne suffira pas de vous récrier pour les apaiser. Il faut vraiment et radicalement changer de politique… Pas pour cultiver l’immobilisme, mais parce que les défis éducatifs d’aujourd’hui requièrent une mobilisation collective sans précédent. Et pour que nos enfants soient vraiment instruits et formés, démocratiquement, àparticiper à une société démocratique.

-o0o-

(1) Ces prothèses pharmaceutiques et paramédicales, souvent utilisées de manière « sauvage », n’ont rien à voir, bien sûr, avec une prise en charge sérieuse des enfants en détresse pour lesquels les solutions globales font terriblement défaut.

(2) Voir, sur ce sujet, mon intervention : « Dépister ou éduquer, faut-il choisir ? Entre management des différences et pédagogie du sujet » : http://www.meirieu.com/ARTICLES/bruxelles_depister.htm

(3) Xavier Darcos, L’art d’apprendre à ignorer, Paris, Plon, 2000, pages 39 à 48. Xavier Darcos expliquait aussi, dans ce livre, que le ministre de l’époque « acculé, fit comme les autres : consulter. (…) On oublia le collège, alors que c’est lui qui cristallise actuellement tous les problèmes les plus aigus. On se tourna vers les lycéens… » (ibid., page 38). Il semble bien que le ministre d’aujourd’hui oublie encore le collège !

(4) Nous avons tenté d’engager ce travail avec Pierre Frackowiak dans notre ouvrage commun : L’éducation peut-elle être encore au coeur d’un projet de société ?, La Tour d’Aigues, Editions de l’Aube, 2008.

(5) Xavier Darcos et Philippe Meirieu, Deux voix pour une École, Paris, Desclée de Brouwer, 2003.

(6) Cf. mon texte récent : « Sur quoi fonder l’autorité des enseignants dans nos sociétés démocratiques ? » :http://www.meirieu.com/ARTICLES/maitre_serviteur_public.htm

(7) C’est ce que j’ai nommé « le moment pédagogique » dans mes travaux. Cf. La pédagogie entre le dire et le faire, Paris, ESF éditeur, nouvelle édition 2007.

19 jan 2009 Débat autour des apprentissages et de leur évaluation
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Pour ceux qui ont manqué le début, se reporter à l’article précédent et à ses commentaires (NDLR)

Monsieur Hubert, vous en savez des choses !

Et comme je faisais partie des enseignants qui n’ont pas fait beaucoup d’efforts pour mettre en place les réformes Sarkozy-Darcos, donc certainement malhonnête et incompétent, je vous soumets, ainsi qu’à l’attention de tous, plutôt que la mienne, l’analyse d’un spécialiste des apprentissages mathématiques à l’Institut National de Recherches Pédagogiques (INRP)

Jean-Michel CHERBERO

Roland Charnay, spécialiste des apprentissages mathématiques au sein de l’équipe ERMEL (INRP) donne son point de vue sur le contenu des exercices mathématiques et leurs modalités d’exploitation

Dans le diaporama de présentation de l’évaluation mise en place au CE1 et au CM2, le Ministère indique qu’il s’agit d’une évaluation bilan destinée à ” mesurer les acquis des élèves ” à des paliers du socle commun, avec, entre autres finalités annoncées, celle de ” disposer d’un instrument de pilotage du système éducatif, du niveau local de l’école jusqu’au niveau national “. Il ajoute que ” toutes les compétences seront évaluées “.

L’analyse des exercices proposés pour le CM2 et des conditions de leur exploitation ne manque pas de poser de multiples questions et de soulever quelques inquiétudes.

Les exercices proposés sont plutôt classiques et l’équilibre entre les différents domaines travaillés au CM2 est assez bien respecté. Les interrogations concernent plutôt l’adéquation entre les exercices et les compétences mentionnées, les conditions de passation, les modalités d’exploitation et les effets sur le travail pédagogique des enseignants.
L’adéquation entre les exercices et les compétencesEst-on sûr que les exercices proposés permettent de réaliser le diagnostic recherché ? Dans la mesure où cette évaluation est censée déboucher sur un bilan des acquis des élèves, cette question est évidemment essentielle.

Un seul exercice permet rarement de mesurer l’acquisition d’une compétence. C’est pourtant souvent le choix fait dans ce dispositif. Par exemple, la compétence ” Calculer mentalement le résultat d’une opération ou d’une suite d’opérations, ou le terme manquant d’une opération ” est évaluée à partir d’un exercice qui comporte deux questions : 0,8 = 8 x … et 0,50 = 2 x … Les réponses à ces deux questions fournissent davantage d’indications sur la maîtrise des nombres décimaux par les élèves que sur la compétence énoncée. De la même façon, la compétence ” Résoudre des problèmes relevant des quatre opérations ” est évaluée à travers un seul problème qui relève de la division et dont la réponse est un nombre décimal. Comment, à partir de là, déclarer que tel élève qui maîtrise la compétence indiquée et que tel autre qui ne donne pas la bonne réponse (pour des raisons qui peuvent être très variées) ne la maîtrise pas. C’est pourtant ce qui sera fait, à grands renforts de pourcentages médiatiques. Personne n’oserait utiliser un thermomètre aussi imparfait pour indiquer la température d’un individu !

Deux tiers des exercices situés dans le domaine numérique font intervenir des nombres décimaux. Or, ceux-ci ne commencent à être travaillés qu’au CM1 et ne sont souvent repris que dans la deuxième partie du CM2, après janvier donc… Les compétences relatives aux nombres, au calcul et, parfois à la mesure sont donc principalement mesurées dans un contexte numérique que l’on sait par avance encore mal maîtrisé par les élèves. Ces compétences sont d’ailleurs très largement reprises en Sixième. De ce point de vue, il est étonnant de remarquer que la compétence ” Multiplier un nombre par 0,1 ; 0,01 ; 0,001 ” sollicitée dans l’exercice 0,8 = 8 x … (mentionné plus haut) est précisée comme non exigible dans le cadre du socle commun dans le programme de sixième alors même qu’elle est demandée au milieu du CM2 dans cette évaluation référée à ce même socle… Il faut ajouter qu’aucun des exercices retenus ne vise à mesurer les compétences relatives à l’autonomie et l’initiative, dont on sait pourtant que, pour les élèves français, elles apparaissent comme un élément particulièrement fragile dans les enquêtes internationales (notamment l’enquête PISA). Par exemple, aucun problème demandant une démarche plus personnelle aux élèves n’est proposé.

Les conditions de passation On remarque d’abord que toutes les séquences sont passées avec un temps contraint pour chaque exercice. Les temps sont, en général, assez bien ajustés, même si on peut noter que dans le problème ” de division ” évoqué plus haut, les 3 minutes attribuées n’autorisent guère l’élève à mener à bien d’autres procédures possibles, s’il ne reconnaît pas que la division peut être utilisée. De même, il est peu probable qu’une seule minute suffise à traiter les 10 questions relatives aux tables de multiplication (y compris le temps de reformulation de ces 10 questions à la fin) !Mais, ce qui interpelle le plus dans cette passation c’est bien le moment de l’année où elle est proposée. Par quel miracle pédagogique les enseignants (et les élèves) pourraient-ils avoir traité (et assimilé) toutes les questions du programme en 4 mois ? Comment savoir que les questions posées sont celles qu’il aurait fallu traiter en début d’année ? Qui a eu cette idée folle, un jour, de faire le bilan final d’une action avant que cette action ne soit achevée ? Quelles indications pourra-t-on tirer des échecs à certains exercices alors même que les connaissances correspondantes n’ont pas été étudiées ? On aimerait avoir une réponse claire à ces questions, faute de quoi tous les procès d’intention peuvent être faits. Cherche-t-on à accumuler de mauvais résultats pour mieux accuser les enseignants de n’avoir pas fait leur travail ? Veut-on, par le biais de l’évaluation, remettre en cause une liberté pédagogique (pourtant proclamée) et qui comporte, entre autres, celle de ’organisation des apprentissages sur l’année ?
Les modalités d’exploitation Le codage choisi a le mérite de la simplicité ; ce sera blanc (1 : réussite) ou noir (0). Il en a aussi tous les défauts et ils sont nombreux. Pas de demi-réussite, pas de repérage des démarches originales, pas d’identification des erreurs, même pas de distinction entre non réponse, réponse erronée et réponse partielle. Pour les résultats des tables de multiplication, soit on les connaît tous (en réalité au moins 9 sur 10), soit c’est comme si on n’en connaissait aucun ! L’élève qui en connaît 8 sur 10 est ” sanctionné ” comme celui qui n’en connaît aucun. Le retour aux familles sera identique. L’enseignant dont tous les élèves connaîtraient les trois quarts des tables de multiplication (sur la base de 10 questions auxquelles il faut répondre en 1 minute !) sera ” jugé ” comme celui dont la plupart des élèves ne maîtrisent aucun résultat ! Comment peut-on prétendre, à partir de là, comme c’est souhaité officiellement ” disposer d’un nouvel indice de l’efficacité des enseignements à l’école ” ?

Conclusion L’évaluation n’a d’intérêt que si elle apporte des informations sûres et adaptées. Le choix des exercices, le moment retenu pour cette évaluation et les modalités de codage limitent singulièrement les possibilités d’exploitation des évaluations, à la fois du point de vue de l’institution et de celui des maîtres. Il faut donc se demander quel est l’enjeu réel, voulu ou non, de ce dispositif ? Puisqu’il est difficile de considérer qu’il puisse être au service des enseignants (et donc de leurs élèves), on n’ose pas imaginer qu’il puisse être utilisé contre eux, pour limiter encore leur liberté pédagogique, c’est-à-dire tout simplement l’exercice de leur métier…